🇳🇵 Clairement, le Népal, c'était pour la rando, ce point était absolument limpide pour moi. Pour le reste, je ne savais ni quoi, ni où, ni combien de temps, ni avec qui, ni l'équipement nécessaire...
J'ai pris des infos auprès de mon auberge, j'ai glané des infos à droite à gauche au gré des rencontres, j'ai rencontré Kumar (le sherpa qui a appris à Corine à respirer), j'ai discuté avec Putu à la réception, j'ai noté tous les bons plans de Katka la slovène qui m'a consacrée une heure pour m'expliquer toutes les randos solo qu'elle avait faite et ce, avant de boucler son sac et partir car elle était en fin de séjour, j'ai fait des rallonges de petit déj' avec Philippe des Pyrénées qui m'a aussi partagé toutes ses expériences. Bref, j'ai sociabilisé de fou dans toutes les langues et j'ai pris des décisions ! 😜
Rando n°1 : le trek de la vallée de Langtang, qui s'est transformé - si tu as le temps - en : le trek de Langtang couplé au trek de Gosaikunda. C'est Philippe qui m'a filé le tuyau, en me disant "mais si ! ça se fait en 8 jours", il a dû voir qu'il allumait des étoiles dans mes yeux 🤩
Ma bonne étoile ne me quittant pas 💫, je croise par hasard Agathe à la réception après avoir traîné des heures avec Philippe sur le roof top. Il fallait absolument que j'aille acheter un peu d'équipements et du ravito avant mon départ le lendemain. L'accent français laissant rarement le doute sur notre langue maternelle, je commence par échanger deux mots avec Agathe qui revient justement de Langtang, puis je finis par m'asseoir à côté d'elle et par discuter de nouveau une heure à moitié sur le départ sur astuces et bons plans. En m'excusant auprès d'Agathe "parce que là, faut vraiment que j'y aille", "mais qu'est-ce que tu dois trouver ?" je me retrouve à accepter de racheter ses bâtons de marche dont elle voulait justement se débarrasser. Ça, c'est fait. Elle me les laisse en fin de journée. Confiance totale... M'en vais enfin en goguette...
On ne va pas se mentir, se déplacer au Népal, ça prend du temps. J'en ai pour 8-9 heures de bus ultra local pour aller de Katmandou à Syabrubesi (soit la bagatelle de 120 km +/-). Philippe m'avait dit, tu peux t'avancer jusqu'à Bamboo en arrivant directement dans l'aprem. J'suis un peu en vrac en descendant du bus, je commence surtout par prendre un café... le temps de discuter un peu, pour continuer dans ma lancée de sociabilisation, avec un couple de français qui viennent, eux, de finir la rando, il se met à tomber une belle averse ☔. Changement de programme : hors de question que je marche par ce temps, je décide de passer la première nuit au village et de démarrer le lendemain, l'occasion aussi de faire plus amplement connaissance avec Ira, espagnole, que j'ai rencontré un peu plus tôt dans le bus et qui m'avait filé son tuyau "hébergement pas cher". On passe la soirée à parler espagnol, trop contente 🤗
🇯1️⃣ Syabrubesi (1460 m) / Lama Hotel (2470 m)
On démarre ensemble avec Ira, sans s'être rien dit, comme si c'était évident qu'on partait ensemble après le petit déj. Niveau rythme, ça le fait. Niveau temps, pas autant, on passe de "c'est bien couvert" à "ça y est, il pleut". On arrête notre premier journée de marche à Lama Hotel vers midi. C'est, finalement, la 1ère étape classique préconisée pour le trek de Langtang. Ça fait un peu court pour moi, d'autant que j'ai perdu quelques kilomètres d'avancée non faite la veille mais l'ambiance pluvieuse a eu raison de moi et je suis frigorifiée... Il faudra que je réajuste toutes mes étapes... Ça sent l'adaptation quotidienne de programme.
🇯2️⃣ Lama Hotel (2470 m) / Kyanjin Gompa (3870 m)
On se met en route de bon matin avec Ira et Amandra qu'on a rencontrée la veille. On sera rapidement rejoint par Clotilde et Thomas, également rencontrés la veille. Trop sympa de discuter des bouts de chemin avec les uns et les autres. On n'arrive pas vraiment à se positionner sur le climat, ma théorie étant qu'il est judicieux d'avancer tant qu'il ne pleut pas. Amandra a consulté tous les sites météo possibles et imaginables et prédit régulièrement l'arrivée de la pluie vers midi. Moi, j'ai l'impression qu'elle est surtout en train d'attirer le mauvais œil sur la journée 🧿 On arrive au village de Langtang vers midi, ce qui est la 2ème étape classique du trek. Il ne pleut toujours pas mais ça reste bien couvert. La bande décide de se poser, moi j'hésite... et si j’avançais encore un peu pour rattraper un peu mon retard ?... tant qu'il ne pleut pas... il est si tôt... Thomas me le déconseille plus pour des questions de respect des paliers d'adaptation à l'altitude que pour la distance.
Je croise un groupe de français en sens inverse, je les questionne sur le temps "en haut". Il m'explique qu'ils étaient en planque depuis quelques jours pour voir la panthère des neiges... [wahou !] et qu'ils ont essuyé une grosse dépression, le temps était exécrable (neige +++). Ils me disent que je peux éventuellement encore m'avancer d'une heure si je souhaite continuer, il y a un village entre ici (village de Langtang) et le village en bout de vallée. "Et alors, vous l'avez vu ?! 😍 " / "Non". J'ai cru être dans un film un court instant de croiser une équipe pareille !
Allez ! J'y vais ! Je salue tout le monde et je repars sans déjeuner "tant qu'il ne pleut pas". Et finalement, je marche jusqu'à Kyanjin Gompa, le village en bout de vallée. D'avoir laissé Amandra à ses prévisions météo m'a soulagée et la deuxième partie de journée a été des plus agréables. J'ai quand même des relents de conscience professionnelle qui me tiraillent... connaissent-ils les primes de pénibilités ?!
Kyanjin Gompa est un village paisible, tout en couleurs, je m'arrête acheter un peu de fromage de yak avant de chercher un foyer pour la nuit. J'accepte de rester à la maison d'hôtes Mendo Family (nuitée gratuite si je prends les repas sur place) et c'est sans regret : la dame est adorable, son ado de fils perdu dans son téléphone et les autres hôtes sont des jeunes népalais. Repas typique sans chichi (Dal bhat) autour du feu dans la cuisine.
🇯3️⃣ Ascension Tserko Ri (quasi 5000 m)
A Kyanjin Gompa, plusieurs options s'offrent aux randonneurs : profiter de la vallée et du village + 2 possibilités d'ascension de sommets
- Kyanjin Ri à 4773 m
- Tserko Ri à quasi 5000 m
Normalement, si je n'avais pas dû ré-adapter tous les jours mes étapes, j'aurai dû arriver la veille de moins loin et donc plus tôt et j'aurai eu le temps de faire l'ascension du Kyanjin Ri dans la foulée (parce que Philippe m'avait dit que ça se faisait 😜). Mais comme j'avais tout re-magné, j'avais laissé tomber le Kyanjin Ri au profit du Tserko Ri, d'autant plus que les petits jeunes étaient ok pour que je parte avec eux à 5h du mat : "si tu n'es pas là, on part sans toi" (j'étais quand même pas des plus à l'aise pour grimper un 5000 toute seule).
On est parti à l'heure. Moi, j'avais les chaussures de rando de madame qu'elle a bien voulu me prêter ("can I take your shoes mam' ?"). Il s'avère que les jeunes ont la fougue de la jeunesse : ils speedent et ils s'arrêtent / ils speedent et il s'arrêtent... Moi, j'avance moins vite mais je ne m'arrête pas... A un moment, on s'est largué et c'est moi qui était devant. J'ai attendu un peu, ça commençait à faire long, j'ai vu une doudoune rouge au loin, j'ai cru qu'ils arrivaient mais c'était pas le bon bonhomme dans la doudoune, j'ai laissé tomber le fait qu'on se rejoigne, trop froid... Il n'empêche, je me faisait quand même doubler par des népalais : "you are alone ?" / "yes, yes, I'm alone..." "No guide ?!" / "no, no, no guide...". Ça forçait un peu le respect et l'admiration, moi, je ne comprenais pas tellement c'était normal à mon sens... Ça me permettait quand même d'échanger des bouts de conversations avec les uns et les autre et de partager un peu mon angoisse à l'idée de monter sans crampon (parce qu'on m'avait dit "pas besoin de crampons pour le Langtang") et qu'il commençait à y avoir de plus en plus de neige... 💫 Ma bonne étoile étant toujours suspendue à sa juste place, j'arrive à avoir des crampons à prêter à 4800m par un guide qui était sur le retour et qui ne les utilisaient pas : "tu me les redéposes à Sunshine guest house en rentrant"... Je me demande ce qui m'a le plus marquée : qu'il me sauve la vie au milieu de nulle part ou l'absente totale de doute sur le fait qu'il pouvait avoir confiance, ça a été un très beau geste de confiance 🙏
Je talonne des népalais pour finir la montée parce que je galère quand même : ça se couvre, il fait froid, il y a beaucoup de neige et je m'enfonce parfois dans des crevasses énormes jusqu'au-dessus du genou. Arrivée enfin en haut, c'est nuages party ! On ne voit rien, la cime est complètement couverte... ça s'est joué à une trentaine de minutes... Il y a des choses qui ne sont pas sous notre contrôle, la nature en fait partie.
C'est trop dense et il fait trop froid, je ne cherche pas à m'éterniser pour voir si ça se lève. Je reste peu de temps en haut et je demande au premier groupe qui redescend si je peux les accompagner sur la partie difficile pour la descendante. Ils acceptent. Adorables, ils auront toujours un œil sur moi pour voir si je suis et si je ne suis pas en difficultés, ils m'invitent à faire une pause avec eux pour continuer ensuite ensemble, me partagent leur thé et leur encas. On se quitte un peu plus bas après avoir retiré les crampons.
Il m'aura fallu quand même 8h pour faire l'aller / retour (mes compagnons de route du petit matin rentreront 3h après moi). Je reviens épuisée avec une pointe de déception de ne pas avoir eu la récompense de la vue suite à cette énorme effort physique. La nature en a décidé autrement.
Je passe quand même une bien bonne soirée, avec une petite leçon pour compter jusque 5 en népali 😃
🇯4️⃣ Kyanjin Gompa (3870 m) / Bamboo (1970m)
A ce stade de la rando, j'ai récupéré mon retard, une ou deux choses loupées mais de toute façon, je n'aurais rien vu ! Je redescends donc par le même chemin.
On m'offre deux fois des fleurs en chemin : une première fois pour que je goutte le rhododendron (la fleur nationale, pleine de vertus nutritives apparemment, elle se décline en 7 couleurs d'après mon compagnon de route, j'ai trouvé ça un peu amer) et une deuxième fois spontanément par un jeune qui marchait en sens inverse. J'en suis restée sans voix !
Objectif initial de la journée : me poser à Lama Hotel. Puis, je change d'avis (de toute façon, je suis toute seule...), il ne pleut pas, j'ai encore de l'énergie et l'idée de changer d'endroit pour faire travailler un peu tout le monde me plait (et celle de m'avancer un peu tout autant !). Je m'arrête à Bamboo : 4 hébergements au bord de la rivière, j'ai vite fait le tour pour faire jouer la concurrence. Je profite de l'espace, du coucher du soleil et je passe un nuit horrible avec une souris - surnommée Chipie - qui s'acharne sur un paquet de biscuit échoué à côté de mon lit 🐭.
🇯5️⃣ Bamboo (1970m) / Cholangpati (3654m)
C'est un peu après Bamboo que je dévie vers le trek de Gosaikunda. Le paysage est bien différent, le chemin passe par des villages sympathiques, une vraie invitation à se poser mais moi, je suis en forme et j'ai décidé d'avancer. Ça n'était pas prémédité mais j'avance beaucoup plus que ce que je pensais et je m'arrête finalement à Cholangpati. En fait, je suis super en forme !
🇯6️⃣ Cholangpati (3654m) / Le lac sacré de Gosaikunda (4380m) / Dhunche (1960m)
De Cholangpati, c'est un aller / retour dans la vallée pour rejoindre le lac sacré de Gosaikunda à quasi 4400m. C'est un superbe chemin à travers le montagne qui se transforme sur les derniers kilomètres en chemin en balcon. J'adore ! Et le paysage qui se dévoile petit à petit 😍 : magique ! Comme j'ai changé toutes mes étapes, je ne savais plus vraiment qu'elle serait mon stop de fin de journée. Je suis donc partie avec mon sac sur le dos, des fois que je dormirai à Gosaikunda. Ce que je n'ai absolument pas fait. Je suis quand même restée un moment là-haut avant de redescendre.
La légende raconte que le dieu Shiva, pour sauver le monde, a bu un poison redouté. Souffrant d'une brûlure intense à la gorge, il a planté son trident (Trishul) dans la montagne pour faire jaillir une source d'eau fraîche, formant ainsi le lac sacré.
Je fais la descendante sans étape intermédiaire malgré la possibilité régulière d'hébergements. C'est un sacré dénivelé que j'impose à mes jambes. Le sentier est au départ des plus agréables en forêt et finis tout de même par être interminable.
J'arrive lessivée à Dhunche, la ville étape de fin de rando qui permet de reprendre un bus vers Katmandou. Je négocie le gîte, le transport et le couvert : Dal Bhat power !
🅱️ℹ️🇱🅰️🇳
J'avais opté pour le trek de la vallée de Langtang parce que ça faisait partie des treks faciles (besoin de me remettre en jambes), que je pouvais le faire solo (confirmer par plusieurs personnes) et ça n'était pas "si loin" (tout est relatif mais à l'échelle du Népal, non, ça n'était pas loin). Le combiner avec le trek de Gosaikunda, ça a été la 🍒 sur le 🎂. Je pense d'ailleurs avoir préféré la partie "Gosaikunda". Ça a été aussi :
- De belles rencontres sur le chemin.
- Le constat que j'étais quand même bien en forme (d'ailleurs, ne faites pas ce que j'ai fait ! respecter les étapes d'acclimatation !!!).
- La flexibilité d'organisation des étapes très appréciable : des tea houses (chez l'habitant) partout >> une journée de gagner sur le programme
- Très économique ! ~160 € tout inclus pendant 8 jours (transport, hébergement, alimentation, équipement)
- Une centaine de kilomètres parcourues en 6 jours et beaucoup de dénivelés (D+ 6720 / D- 6200) !
- Et le bonheur immense de marcher, d'être sur le chemin, de profiter de la montagne 🥰
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Bon, que dire...
Bah on te sent vraiment dans ton élément dans ce genre de circuit.
Effectivement, je me dis que tu es de bonne composition pour tolérer si bien l'altitude.
C'était très beau, particulièrement le lac sacré.
La petite fleur offerte, c'était trop beau comme geste. Et la femme qui compte en népalais est trop belle 🤩
What a wonderful world 🎶