Toujours plus haut... 🇪🇨
Toujours plus haut... 🇪🇨

Toujours plus haut... 🇪🇨

🎯 Tumbes ou

le récit d'un passage de frontière...

On arrive à Tumbes, explosés de fatigue vers 7h / 7h30 du matin. Notre seul objectif dans cette ville est que je passe la frontière équatorienne dans les 2 sens (entrée / sortie) le plus vite possible. Ensuite, on regagne Máncora, plus au sud, ensemble, en bord de mer, pour profiter d'une dernière journée ensemble avant de se séparer 😭.

Au terminal de Tumbes, on se fait alpaguer par un chauffeur de taxi qui nous demande si on veut aller à la frontière. Je lui explique ma situation un peu tordue, à savoir : ne pas rester en Équateur. Il nous propose un prix, Guillaume avait regardé les Uber, il est complètement hors concurrence. Quand Guillaume lui annonce le prix, il nous indique que personne ne nous emmènera à ce prix-là et il part un peu fâché. On commande le Uber qui n'arrivera jamais.

On se résout à prendre un colectivo. Quand on demande au chauffeur à quelle heure il va partir, il nous précise qu'il partira quand il sera plein (ça, on savait), qu'il nous faudra peut-être attendre l'arrivée du prochain bus plusieurs heures plus tard... Bon... Il nous fait mariner un peu puis il nous dit que si on paie le double, il nous emmène à la frontière... ça restait raisonnable, on accepte. Il démarre donc et emmène pleins de monde en chemin 😵‍💫, passons... Il nous dépose au terminal de Aguas Verdes et nous dit de continuer à pied jusqu'à la frontière en allant tout droit par une rue piétonne (500 m peut-être).

Avec Guillaume, nos sacs et nos gueules de Gringos, on s'engage donc dans cette rue gloquissime. Il était finalement assez tôt, on sentait que c'était une rue commerçante mais encore éteinte, il y avait un gars - plutôt louche - qui nous suivait et qui essayait de savoir ce qu'on faisait. On n'était pas vraiment dans l'échange à ce moment là. On arrive au pied du pont frontière, Guillaume me prend l'un de mes 2 sacs, me file discrètement un billet "au cas où" (je n'avais pas d'argent et je n'avais plus de cartes bleues du tout, je vivais au crochet de Guillaume en attendant de récupérer mes CB) et me dit "vas-y, je t'attends ici". Il a toujours été question que je passe la frontière toute seule... et que je revienne !!! 🤪

J'inspire un bon coup et je m'engage vers ce qui me semble être le passage de frontière. Un officier est dans sa guérite, je lui demande où je dois me diriger pour passer la frontière. Il me demande où je vais, je lui explique ma situation et là, il me demande de lui montrer mon passeport... Je n'ai pas de tampon sur mon passeport, parce qu'à l'aéroport, il ne tamponne pas, tout est informatisé... Il me dit - plutôt agressivement - que ça ne va pas du tout, que je ne suis pas en règle et que de toute façon, ce n'est pas la frontière où je me trouve. Il continue en m'expliquant sèchement que je dois aller au poste frontière qui se situe à plusieurs kilomètres, qu'il faut absolument que je prenne un taxi pour y aller parce qu'il n'y a pas de transport (et là, il interpelle un gars pour qu'il aille me déposer). J'essaye de comprendre ce qu'il se passe et j'appelle Guillaume qui est à porter de vue. Guillaume arrive, le douanier s'enflamme à voir qu'en fait, on est 2. Il demande à Guillaume son passeport qui lui file à contre-coeur. Guillaume avait un passeport dans les normes de l'officier, il n'a rien pu lui reprocher. Bref, il continue dans son discours de "tu dois aller au poste frontière qui est de l'autre côté de la ville". Je m'incline, Guillaume commence à être chaud des nerfs, on suit le taximan avec qui on discute directement du prix, on accepte : pas le choix ! 

Le taxi nous emmène au poste frontière, il se frite à moitié avec Guillaume qui vérifie sur son téléphone où il nous emmène et nous explique en utilisant des grandes élocutions (= il crie pour moi) qu'il est un honnête homme qui gagne honnêtement sa vie pour faire vivre sa famille. Puis en s'adressant à moi - je pense qu'il avait senti qu'il n'arriverait pas à discuter avec Guillaume - il me dit qu'il ne faut pas que je m'inquiète "mi reina" qu'il allait m'emmener à la frontière et nous ramener après... On descend de la voiture sans Guillaume qui impose d'attendre dans la voiture pendant que le taximan me conduit au bureau de la migration. Je laisse Guillaume planté là, bougon, dans la voiture, avec nos sacs.

Taximan me fait passer la porte du bureau de la migration et je me rend compte immédiatement que je ne suis pas au bon endroit. En effet, je suis dans les bureaux de la migration pour sortir d’Équateur et entrer au Pérou... Or, je n'en suis pas encore sortie du Pérou et entrée en Équateur... Ça ne va pas être possible, j'ai déjà eu des mic-macs à la frontière Argentine / Brésil (Justine m'en est témoin !), il faut que je sorte de Pérou avant d'y entrer !!! Je commence à m'agiter dans tous les sens, que ça ne va pas du tout, qu'il faut absolument que je sorte du pays avant d'y entrer, que je ne peux pas faire des démarches dans ces bureaux, que je vais avoir des problèmes. Je demande à taximan où on sort du pays... il m'affirme que c'est là, que je suis au bon endroit !! Mais non !!! et je continue à m'agiter dans tous les sens ! Je finis par rentrer dans ce bureau pour expliquer honnêtement ma situation en espérant ne pas m'attirer des ennuis. Je tombe sur des agents agréables et compréhensifs qui m'expliquent qu'il faut en effet que je sorte d'abord du pays, pour entrer en Équateur (mais ouiiiii !!!) et que je revienne pour sortir d’Équateur pour rentrer au Pérou que ça ne devrait pas poser de problème. Ils me conseillent d'attendre 30min - 1h entre les 2 démarches mais que je peux le faire dans la matinée. Par contre, l'autre poste frontière est à quelques kilomètres dans un lieu accessible uniquement en taxi...

Je suis dans un état de tension absolu. J'explique la situation à Guillaume qui essaye de comprendre, bien énervé par le fait qu'on nous balade depuis quelques heures maintenant.... On demande à taximan pourquoi il nous a emmenés ici et pas à l'autre poste : il nous répond que c'est l'officier qui lui a demandé de nous emmener ici, que c'est la frontière... Bref, on finit par lui demander combien il nous prendrait pour m'emmener à l'autre poste frontière... Forcément, il profite de la situation et essaye de nous embrouiller avec le fait qu'il va faire appel à quelqu'un pour m'emmener. Ne t'inquiète "ma reine".... Guillaume commence à sortir un peu de ses gonds et lui dit de m'emmener, il nous attend là, en désignant la pelouse, avec les sacs. 

Je pars, seule, avec taximan... complètement stressée... A ce moment-là, je n'avais pas de sentiment de méfiance vis-à-vis de taximan (et heureusement, ça aurait ajouté au stress déjà palpable). Il commence à m'expliquer qu'il a un problème, c'est que ce n'est pas sa voiture et qu'il ne peut pas passer la frontière avec car c'est à un ami policier et il ne sont pas autorisés à sortir du pays (magouille avec l'officier qui m'a fait un sketch à ma première tentative de passage de frontière ?! 🤨)... Je lui dis que je passerai la frontière à pied... "Non, non "ma reine", c'est dangereux. Attends, je vais demander à ce taxi équatorien qu'il t'emmène". Il interpelle un confrère frontalier quasi arrivés à l'arcade délimitant la frontière (des airs d'Hendaye désertée) et lui demande de me faire passer de l'autre côté. Le confrère commence à m'énumérer combien il me prendrait d'argent, ce à quoi je rétorque que je n'ai plus d'argent sur moi. Et d'ajouter "Elle n'a qu'à passer la frontière à pied". "Bah oui, voilà, je vais passer la frontière à pied !" Taximan s'incline et me dit qu'il m'attend là "ma reine". Et moi de lui répondre "Je reviens...."

Je descend de la voiture et je m'engage en direction du poste frontière avec mon petit gros sac à dos. Pour commencer, je passe un espèce de poste de péage abandonné, un no-man's land gloquissime, avec 2-3 personnes habillés en officier (sont-ils de vrais officiers ? - je commence à psychoter... il était peut-être temps me direz-vous ? ), quelques voitures, des gens qui pourraient être en embuscade partout et moi complètement flippée, accrochée à mon sac. L'agent me demande ce que je fais à pied, je lui précise que je passe la frontière et lui demande où est le bureau de la migration. Il m'indique un bâtiment un peu plus loin. Je continue en état d'alerte maximale vers le bâtiment qui paraît ne jamais se rapprocher. Je croise des gens qui me dévisagent, je les salue en mode "tout est normal". J'arrive enfin au dit-bâtiment, j'entre : ouf ! 😮‍💨 je suis au bon endroit !!! 

Premier guichet : je sors officiellement du Pérou 🎉

Deuxième guichet : je dois entrer en Équateur. Bon, à la question "combien de temps tu vas rester ?", je joue la carte de l’honnêteté en expliquant que je n'entre en Équateur que pour mieux en sortir dans la foulée et re-rentrer au Pérou aujourd'hui même... La nana n'a pas l'air choqué. Elle me tamponne mon passeport 🎊 et me dit de faire super attention en repartant, de ne faire appel qu'à des taxis officiels, que les gens se font parfois dépouiller... Gloups 😳. Je lui explique qu'un taxi m'attend et qu'il m'a été recommandé par un policier... "Bon, dans ce cas..." et elle me laisse partir.

Je repars rejoindre taximan, toujours en ultra vigilance, agrippée à mon sac. Je repasse par ces guérites abandonnées et là : pas de voiture 😵... mais quel plan galère !!! 😱 Je m'avance, je cherche, je regarde partout (aussi pour voir s'il n'y a pas des gens embusqués)... rien... bon... Je vois un gars - qui ne m'inspire pas particulièrement confiance - assis sur la rambarde de sécurité de l'autre côté de la route... J'ai des tas de films qui me passent par la tête et Guillaume qui m'attend assis sur la pelouse... Je continue à m'avancer un peu et là, le gars m'adresse la parole pour me dire que taximan va revenir, il a dû faire le tour parce qu'il s'est fait évacuer par la police de la circulation... ok... Je continue accrocher à mon sac, faute de pouvoir m'accrocher à quelqu'un, à faire des plans B (voire C, D ou Z à ce niveau de l'histoire 🥴) :

  • faire du stop, il y a de temps en temps des voitures... au p'tit bonheur la chance 🍀
  • essayer de monter dans un transport collectif  🚐, ils ne courent franchement pas la route...
  • voir avec les gars s'il ne peut pas me déposer avec le billet que Guillaume m'a laissé 💰
  • pourvu que taximan ne me l'a pas faite à l'envers et que je ne vais pas me faire choper sur le bord de la route dans le no-man's land entre l’Équateur et le Pérou 🙄 et Guillaume qui m'attend sur la pelouse 😶

J'ai le cerveau qui turbinait à 5000 volts depuis un moment (qui m'a paru une éternité) quand le gars sur sa rambarde me dit "regarde, c'est lui qui revient". Et en effet, taximan est revenu en pestant tout ce qu'il pouvait sur le jeune : que c'était lui qui l'avait dénoncé pour être évacué et récupérer potentiellement la course qu'il devait faire, "Je ne t'aurais jamais laissé là ma reine"... Peut-être mais moi, j'ai bien bien flippé 😑...

On retourne de l'autre côté, rejoindre Guillaume qui n'est pas sur sa pelouse ?! L'est parti où ??? Taximan me signale qu'il est assis là-bas en train de prendre un café... Le moindre détail devient soulagement... Je rejoins Guillaume, je lui raconte le business complètement tendue.

Hors de question que j'attende plus longtemps, je vais au bureau de la migration pour sortir d’Équateur : tampon ok, je passe au guichet voisin pour rentrer au Pérou en espérant avoir le gars qui a l'air sympa... c'est la nana qui a l'air un peu mufle qui me reçoit 🫤... Je me suis blindée : réservation d'hébergement pendant un mois, toutes les adresses sur un document que j'ai imprimé, achat d'un billet de sortie de territoire pour la Bolivie que j'ai imprimé aussi. Elle lit sur mon dossier les commentaires laissés au moment du passage de la migration à Lima... Elle me demande ce que je vais faire au Pérou : "du tourisme" ; ai-je un billet de sortie de territoire : "oui, le 1er juillet pour la Bolivie, tu veux le voir ?" "non, ça va" ➡️ tampon, 90 jours en plus au Pérou 🥳

C'est avec un soulagement extrême que je sors de la migration, j'ai failli faire la danse du 🌞 sur la pelouse. Je retrouve Guillaume à qui je n'ai même pas envie de faire une mauvaise blague... de toute façon, il n'est pas d'humeur 🙃... Taximan me demande si c'est bon... "oui, oui" "Bon, bah, on peut y aller" Minute papillon, j'ai envie de profiter de cet état de grâce ! Je vais quand même rapidement aux toilettes, je me prends un café. Il nous presse, il a du travail... Arnaque de touristes avec les douaniers ?!... Il essaye de nous proposer de nous emmener à Tumbes directement pour une somme hallucinante à nos yeux, sans compter ce qu'on lui doit déjà avec tous les trajets en rab qu'on a dû faire et qu'il nous a facturé. Guillaume est catégorique : c'est non, on n'a plus d'argent, il nous a tout pris ! Puis là, faut qu'il arrête de le chauffer taximan parce que Guillaume commence à être désagréable... Moi, ça me fait marrer, il se débrouille trop bien en espagnol et je suis sur un petit nuage de décompression... J'évite de rire trop fort parce que c'est à moi qu'il va faire les yeux noirs !

Taximan nous dépose à l'angle de la rue qui tourne du village à partir duquel on peut prendre un colectivo jusqu'à Tumbes. Les galères continuent, il n'a pas de monnaie et Guillaume exclue absolument le fait de lui laisser la monnaie en pourboire : on en a besoin pour payer le colectivo, tu nous as tout pris. Je reste plantée là pendant qu'ils repartent ensemble jusqu'à la station essence pour faire de la monnaie. Ils reviennent, on monte dans le premier colectivo qui passe. Il y a bien un gars qui a essayé de nous négocier le passage au prix du colectivo mais Guillaume n'en pouvait plus de se faire "prendre pour un con", c'était non !

A Tumbes, on descend au plus proche pour prendre un bus pour Máncora. On fait un quasi direct terminal de bus / départ de bus sans attente. On paye un peu cher mais on voulait repartir au plus vite : les nerfs, la fatigue ont raison de nous. Faut qu'on pose les bagages et qu'on se détende un coup !

Dans le bus, on se refait le film de la journée et de ce passage de frontières... Des tas d'hypothèses émises et le sentiment de s'être fait manipuler, arnaquer, pris pour des cons, sans pourvoir vraiment se défendre, pris avec le couteau sous la gorge... 

Et en même temps pour moi, c'est un soulagement immense d'avoir régulariser ma situation migratoire au Pérou, de jouir de la satisfaction de savoir que je peux rester 90 jours de plus sans crainte, sans stress, profiter de l'arrivée de Yann sereine. 

Entre nous, j'ai eu l'énorme chance d'avoir été accompagnée et soutenue par Guillaume pendant les 15 jours fatidiques. Je pense que seule, ça aurait été vraiment moins drôle de gérer ça... Alors pour Guillaume ¡ Un grand merci 🙏 !!! et un ¡ hip, hip, hip, hourra !!!! 🪅

 

🎯 Máncora

On arrive à Máncora à temps pour profiter un peu de la plage, du coucher du soleil, de l'apéro obligatoire !

Et puis le lendemain aprem, vient le moment de la séparation. Moi, je traîne les pieds depuis le matin à l'idée de monter dans le bus d'une vingtaine d'heures pour Lima et de laisser là Guillaume. Mais bon, Guillaume continue sa route vers le nord, à son tour de passer la frontière équatorienne, et moi, je rejoins Yann à Lima pour continuer l'exploration péruvienne. Comme on dit par ici "Asi es"...

Je monte dans le bus les larmes aux yeux. Quand va-t-on se revoir ?!? On s'est fait un sacré beau cadeau de se retrouver à l'autre bout du monde ! Ça laisse pleins de portes ouvertes et on a des perspectives à court terme plutôt sympas l'un et l'autre. Puis, c'est pas comme si on n'était pas en contact super régulièrement 🥰 ! 

🙏 Gratitude pour tous ces moments précieux partagés 🙏

 

Travelers' Map is loading...
If you see this after your page is loaded completely, leafletJS files are missing.


En savoir plus sur Love, Life... Trip !

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

5 commentaires

  1. Laetitia
    Laetitia

    Quelle satisfaction de lire la fin de cette épopée ! Et quelle plume !!! J’avais l’impression d’être happée comme dans la lecture d’un roman quand on ne sait pas s’arrêter… Tu devrais écrire : un vrai talent !
    Toujours heureuse de lire tes articles et te suivre de loin. Tu sais comme c’est difficile pour moi de prendre l’avion mais tu me donnerais presque envie de te rejoindre. Gros bisous 😘

  2. Céline G
    Céline G

    La vache, j'ai senti la tension qui montait jusqu'ici, à distance de localisation & de temps (& pourtant je connaissais le dénouement de l'affaire !) !! Bien contente que tu aies été avec Guillaume en effet pour ce désagréable épisode ! Sur la photo de la plage vous avez l'air détendus, ça m'a presque procuré une bouffée de soulagement ! 😀

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *